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Pour le politiste Alexandre Dézé, la normalisation du Rassemblement national (RN) n’a pas remplacé sa radicalité : les deux registres peuvent coexister. Il estime que des propos racistes, xénophobes ou antisémites attribués à des responsables du parti peuvent l’embarrasser sans nécessairement défaire son image de respectabilité. C’est son analyse, rapportée par un entretien publié par Le Monde le 3 octobre 2026, et non la démonstration d’un effet électoral mesuré.

Pourquoi Dézé pense que la radicalité et la respectabilité coexistent

Dans l’entretien recueilli par Marion Dupont, Alexandre Dézé, professeur de science politique à l’Université de Montpellier et chercheur au Centre d’études politiques et sociales, rejette l’idée d’un simple passage de la radicalité à la modération. « Je ne crois pas que cette stratégie de radicalisation ait jamais été abandonnée », dit-il.

Il décrit deux registres politiques qui peuvent fonctionner en parallèle :

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  • La radicalité, que Dézé associe à la mise en avant des éléments les plus durs de l’idéologie du RN, notamment par des provocations ou des dérapages. Selon lui, ces séquences rappellent les fondements identitaires du parti et confortent son socle de soutiens.
  • La recherche de respectabilité, portée par le récit de « dédiabolisation », vise à réduire le jugement moral porté sur le RN et à le rendre plus acceptable. Dézé estime que ce récit est devenu dominant lorsqu’on évoque le parti.

Dans cette lecture, les deux stratégies ne s’annulent pas : le RN pourrait paraître plus respectable auprès d’un public large tout en rassurant ses soutiens les plus radicaux. Dézé en conclut que l’acceptabilité croissante du parti « semble » avoir neutralisé les effets autrefois négatifs de certaines saillies verbales. La réserve est importante : l’entretien rapporte une interprétation, pas une mesure qui établit ce lien de causalité.

Ce que les révélations sur des propos attribués à Jordan Bardella établissent — et ce qu’elles n’établissent pas

L’entretien évoque des propos antisémites datant de 2013, attribués à Jordan Bardella et publiés par Mediapart le 28 septembre 2026, selon Le Monde. Il faut conserver cette attribution : l’entretien est la source ici, et ne suffit pas à établir indépendamment le contenu des propos ni leurs conséquences politiques.

Dézé juge ces révélations embarrassantes pour le RN, mais pense qu’elles pourraient ne pas infléchir sa dynamique électorale. Il avance que certains soutiens peuvent les interpréter comme une nouvelle attaque contre le parti. Cette réaction supposée et la prévision sur les conséquences électorales sont les évaluations du politiste, pas des résultats constatés après la publication. L’entretien ne fournit ni étude originale de l’effet de ces révélations ni taux d’intentions de vote permettant de le mesurer.

Pourquoi l’antisémitisme est présenté comme un obstacle à la normalisation

Dans la chronologie exposée par Dézé, l’antisémitisme constitue depuis plus d’une décennie un « verrou idéologique » freinant la normalisation du RN. Pour illustrer ce problème, l’entretien rappelle une déclaration de Louis Aliot, alors vice-président du parti, rapportée à l’occasion d’un entretien de l’historienne Valérie Igounet en 2013 : « C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. » Le Monde lui attribue aussi cette remarque, à propos de l’immigration et de l’islam : « d’autres sont pires que nous sur ces sujets-là ». Ces citations de 2013 sont reprises de seconde main par l’entretien de 2026.

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L’entretien cite ensuite des gestes destinés à contrer cette association : Marine Le Pen se serait présentée en 2014 comme un « bouclier » pour les juifs de France et aurait participé à la marche contre l’antisémitisme en novembre 2023. Dézé estime que les nouvelles révélations contredisent ces efforts. Il s’agit du cadrage historique et de l’interprétation présentés dans l’entretien.

Comment l’accusation d’antisémitisme est aussi renvoyée à LFI

L’entretien rapporte que Jordan Bardella a accusé La France insoumise (LFI) d’avoir « glorifié le 7-Octobre comme des actes de résistance » et utilisé des « jeux de mots antisémites ». Dézé analyse cette mise en cause comme pouvant contribuer à la dédiabolisation du RN : déplacer le stigmate vers un adversaire politique peut affaiblir l’association exclusive entre l’extrême droite et l’antisémitisme. Il précise toutefois que le RN n’est pas, à lui seul, responsable de la construction de LFI comme ennemi politique.

Le Monde rapporte également qu’en juin 2024 Serge Klarsfeld a déclaré qu’en cas de duel entre le RN et LFI au second tour des élections législatives, il voterait « sans hésitation » pour le RN, tout en le qualifiant d’« adversaire politique ». Cet exemple est une déclaration individuelle rapportée par l’entretien; il ne constitue pas une mesure de l’opinion juive ni de celle de l’électorat.

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Ce que disent les chiffres de la CNCDH — avec leurs limites

Le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur l’année 2024, publié en 2025, indique que 55 % des sympathisants déclarés du RN obtiennent un score élevé sur son échelle d’antisémitisme. Le même rapport indique 70 % pour un score élevé sur l’échelle d’aversion à l’islam dans ce groupe. Il s’agit de résultats à des échelles d’opinion : ils ne signifient pas que ces proportions de personnes ont commis des actes antisémites ou islamophobes, et ne décrivent pas l’ensemble de la population.

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Un chiffre de 48 % pour les sympathisants RN en 2025 est mentionné dans l’entretien de Le Monde, mais il n’a pas pu être vérifié dans le document officiel de la CNCDH repéré pour cette année. Il ne faut donc pas le traiter comme une donnée confirmée indépendamment. Le rapport officiel 2025 donne par ailleurs un indice longitudinal de tolérance national de 64 sur 100, identique à celui de 2024; cet indice général ne mesure pas directement l’image du RN.

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Comment lire la conclusion de Dézé

La thèse de Dézé porte sur une coexistence stratégique : le RN peut chercher la légitimité tout en maintenant des signaux de radicalité. Selon lui, la banalisation de l’image du parti peut réduire le coût politique de certaines déclarations provocatrices. Les révélations rapportées par Le Monde peuvent donc, dans son analyse, embarrasser le RN sans nécessairement inverser cette dynamique. L’entretien permet de comprendre son raisonnement, mais pas de conclure que ces propos n’ont eu aucun effet électoral.

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